Les défis et enjeux sécuritaires autour de l’exploitation du pétrole et du gaz au Sénégal

L’exploitation croissante des ressources pétrolières et gazières au Sénégal représente une opportunité majeure pour le développement économique du pays. À ce jour, les découvertes dans le domaine du pétrole et du gaz au Sénégal sont prometteuses. Les sites gaziers identifiés contiennent des réserves totales estimées à 910 milliards de m³, plaçant ainsi le Sénégal au 27e rang mondial et au 5e rang en Afrique. En ce qui concerne le pétrole, les estimations parlent de 70 milliards de m³ sur le site de Sangomar, à une centaine de kilomètres des côtes de Dakar, où le groupe australien Woodside Petroleum joue un rôle prépondérant.

Cependant, cette expansion rapide soulève également des préoccupations en matière de sécurité, tant pour l’environnement que pour les populations locales.

Dans ce contexte prometteur mais complexe, cet article se propose d’examiner les défis et les enjeux sécuritaires associés à l’exploitation du pétrole et du gaz au Sénégal. Nous mettrons particulièrement l’accent sur les impacts environnementaux potentiels, les risques techniques et opérationnels inhérents à ces activités, les menaces sécuritaires telles que les risques d’attaques ou de sabotages, ainsi que les tensions sociales suscitées par ces projets d’envergure.

I. Risques opérationnels

L’exploitation du pétrole et du gaz présente pléthore de risques opérationnels qui nécessitent une gestion rigoureuse pour assurer la sécurité des installations, du personnel et de l’environnement. Parmi ces défis, la construction et la maintenance des infrastructures critiques telles que les plateformes offshore, les pipelines et les installations de traitement exigent une attention particulière. 

Les plateformes offshore constituent un domaine particulièrement sensible en raison de leur situation en mer, exposée aux caprices de la nature tels que les tempêtes, les vagues scélérates et les ouragans. La conception et la construction de ces structures doivent prendre en compte une multitude de facteurs, notamment la résistance aux conditions météorologiques adverses, la stabilité structurelle et la sécurité des équipements. Des programmes de maintenance préventive et des inspections régulières sont également essentiels pour garantir le bon fonctionnement des installations offshore et prévenir les incidents.

Les pipelines, qui jouent un rôle capital dans le transport du pétrole et du gaz sur de longues distances, présentent également des risques significatifs. Les fuites, les ruptures de ligne et les défaillances de l’équipement peuvent entraîner des déversements massifs, avec des conséquences dévastatrices pour l’environnement et les communautés avoisinantes. La sécurité des pipelines dépend de mesures telles que la surveillance par des technologies de pointe, la détection précoce des anomalies et la mise en œuvre de protocoles d’intervention rapides en cas d’incident.

Parallèlement, la gestion des installations de traitement du pétrole et du gaz comporte ses propres défis opérationnels. Les processus complexes impliqués dans le raffinage et le traitement des hydrocarbures comportent des risques d’explosion, d’incendie et de pollution atmosphérique. La sécurité de ces installations dépend de la mise en place de mesures de contrôle des processus, de l’application de normes strictes en matière de sécurité et de la formation adéquate du personnel pour gérer efficacement les situations d’urgence.

Les entreprises opérant dans le secteur pétrolier et gazier doivent s’engager à investir dans la recherche et le développement de technologies innovantes, à renforcer la formation du personnel et à améliorer la supervision des opérations pour garantir une exploitation sûre et responsable de ces ressources précieuses.

L’incident de l’incendie du puits de gaz naturel SA2 à Ngadiaga met en lumière les lacunes dans la gestion des opérations pétrolières et gazières au Sénégal.

 Des plans d’opération internes efficaces, des tests réguliers et une supervision gouvernementale adéquate sont nécessaires pour assurer la sécurité des travailleurs, la protection de l’environnement et le respect des intérêts nationaux avant de poursuivre l’exploitation du pétrole et du gaz. 

Il est ainsi impératif de prendre des mesures correctives de manière proactive pour garantir la sécurité et la durabilité de l’exploitation des ressources énergétiques.

II. Impacts environnementaux et pour la santé publique

L’exploitation du pétrole et du gaz peut avoir des répercussions dévastatrices sur l’environnement et la santé publique. Les risques de déversements toxiques, de marées noires et d’émissions atmosphériques nocives sont omniprésents, comme en attestent les déversements pétroliers de l’Exxon Valdez (1989), du Prestige (2002), de Deepwater Horizon (2010), au Bayelsa au Delta du Niger (2021).

 Les marées noires, en particulier, sont des catastrophes écologiques majeures, polluant les écosystèmes marins, menaçant la biodiversité et affectant les moyens de subsistance des communautés côtières.

Il est primordial de comprendre que les projets en mer peuvent avoir un impact significatif sur la pêche et le tourisme, d’où la nécessité d’évaluer attentivement leur impact environnemental et de mettre en œuvre des mesures d’atténuation. Renforcer les inspections des installations en mer et former les travailleurs locaux à la sécurité et à l’environnement sont également des mesures importantes.

Le code pétrolier du Sénégal, dans ces articles 52, 53 et 54, établit des directives fondamentales pour encadrer les opérations pétrolières dans le pays. Il souligne l’importance de mener ces opérations avec diligence, en conformité avec la réglementation en vigueur et les normes internationales de l’industrie. De plus, il insiste sur le respect de l’environnement, de la santé et des règles d’hygiène, ainsi que sur la nécessité de prévenir la pollution, de traiter les déchets et de préserver la biodiversité.

Ce cadre réglementaire exige que les entreprises utilisent des techniques éprouvées de l’industrie pétrolière et prennent des mesures pour respecter les normes d’hygiène et de santé. De même, il stipule que les coûts des travaux nécessaires à la protection de l’environnement doivent être pris en charge par le titulaire du contrat pétrolier, conformément à la réglementation en vigueur.

Par ailleurs, le code pétrolier souligne également l’importance du respect des droits humains dans les zones affectées par les opérations pétrolières. Ainsi, tout titulaire d’une autorisation de prospection ou d’un contrat pétrolier est tenu de respecter et de protéger les droits humains dans ces régions.

Il importe de rappeler qu’en 2018, suite au vote des parlementaires sénégalais autorisant la ratification de l’accord de coopération entre la Mauritanie et le Sénégal pour l’exploitation du gisement gazier de Grande Tortue/Ahméyim (GTA), Greenpeace a émis des préoccupations substantielles quant à l’exploitation future du pétrole et du gaz au Sénégal, soulignant les risques importants pour les précieux écosystèmes marins et côtiers de la région. Malgré ces avertissements, les autorités semblaient favoriser cette voie comme un moyen de stimuler l’économie nationale, reléguant au second plan les préoccupations environnementales.

L’organisation a mis en lumière les multiples menaces que cette activité pourrait entraîner, notamment la surpêche, la pollution et les effets du changement climatique, déjà présents dans la région. Elle a souligné la nécessité imminente de protéger ces écosystèmes fragiles qui fournissent non seulement des ressources vitales en termes de biodiversité, mais également des moyens de subsistance pour de nombreuses communautés côtières.

 Pour Greenpeace, les autorités sénégalaises doivent adopter des mesures strictes de régulation et de surveillance pour minimiser les risques environnementaux associés à l’exploitation du pétrole et du gaz. Cela inclurait des réglementations rigoureuses, des normes de pollution strictes et la mise en œuvre d’évaluations environnementales complètes à chaque étape du processus.

De plus, l’organisation a souligné l’importance d’une approche holistique pour la gestion des ressources marines, mettant en avant la nécessité de promouvoir un développement durable qui prend en compte les intérêts à long terme des communautés locales et de l’environnement dans son ensemble.

III. Menaces sécuritaires

Les activités d’exploitation pétrolière et gazière sont également confrontées à des menaces sécuritaires complexes, tant internes qu’externes, qui exigent une vigilance constante et des mesures de sécurité robustes. Les attaques terroristes, les actes de piraterie et les conflits armés représentent des risques majeurs pour la sécurité des installations et du personnel, ainsi que pour la stabilité économique et politique des régions concernées. 

Alors que le Sénégal commence à avoir une place conséquente dans l’ère de l’exploitation pétrolière et gazière, il est essentiel de reconnaître les défis sécuritaires potentiels qui pourraient surgir. Bien que le pays ne soit pas encore confronté aux mêmes menaces que certains de ses voisins, notamment la Somalie, le Nigeria (Delta du Niger), le Golfe de Guinée et la Libye, qui ont connu des attaques contre leurs installations pétrolières et gazières, ainsi que des actes de piraterie maritime, il est essentiel de rester vigilant face à de telles éventualités.

En tant que nouveau venu sur la scène énergétique, le Sénégal pourrait attirer l’attention des groupes extrémistes et des acteurs criminels cherchant à perturber ses activités économiques naissantes et à semer l’instabilité dans la région. Par conséquent, il est impératif que le gouvernement élabore et mette en œuvre des mesures de sécurité robustes, en collaboration étroite avec les forces de sécurité nationales et internationales, pour protéger ses installations et son personnel.

Il est également important que le Sénégal adopte une approche proactive en matière de gestion des risques sécuritaires, en mettant en place des mécanismes de prévention, de dissuasion et de réponse rapide pour faire face aux menaces éventuelles. Cela pourrait inclure la formation de forces de sécurité spécialisées dans la protection des installations pétrolières et gazières, ainsi que la mise en place de systèmes de surveillance et de gestion des crises efficaces.

IV. Tensions sociales et enjeux de participation locale

L’exploitation pétrolière et gazière au Sénégal soulève des préoccupations quant aux tensions sociales et à la participation locale. La présence de grandes entreprises internationales peut susciter des tensions liées à l’utilisation des terres, à la compensation et à la répartition des bénéfices. Les populations locales peuvent se sentir exclues des décisions, engendrant un sentiment de marginalisation et de frustration pouvant conduire à des conflits locaux et à des divisions au sein des communautés.

 Pour résoudre ces conflits, il est essentiel de mettre en place des mécanismes efficaces de dialogue et de médiation, avec la volonté des parties prenantes de trouver des solutions mutuellement acceptables. Il est également important d’impliquer activement les communautés locales dans la planification et la mise en œuvre des projets, en reconnaissant leurs droits fonciers traditionnels, en consultant régulièrement et de manière transparente les populations concernées, et en promouvant la responsabilité sociale des entreprises. Il s’agit d’une politique de renforcement des capacités locales et du développement économique des communautés dans les régions où l’exploitation pétrolière et gazière est prévue ou en cours. Les entreprises opérant dans le secteur pétrolier et gazier doivent elles aussi s’engager à respecter les normes de responsabilité sociale des entreprises, en investissant dans des programmes de développement communautaire, en favorisant l’emploi local et en contribuant au bien-être socio-économique des régions hôtes.

 Au Sénégal, la loi n°2019/04 du 1er février 2019 relative au contenu local dans secteur des hydrocarbures, vise plusieurs objectifs essentiels. Elle cherche à augmenter la valeur ajoutée locale et à favoriser la création d’emplois locaux dans les industries pétrolières et gazières en encourageant l’utilisation de l’expertise, des biens et des services locaux. De plus, elle cherche à promouvoir le développement d’une main-d’œuvre locale qualifiée et compétitive, ainsi qu’à développer les capacités nationales dans la chaîne de valeur de l’industrie pétrolière et gazière à travers l’éducation, la formation, le transfert de technologie et de savoir-faire, ainsi que la recherche et le développement. La loi vise également à mettre en place un mécanisme de suivi et d’évaluation transparent et fiable des obligations liées au contenu local, en harmonie avec les politiques publiques nationales, tout en renforçant la participation des populations à la chaîne de valeur des industries pétrolières et gazières.

En fin de compte, une gestion efficace des tensions sociales et la promotion de la participation locale sont essentielles pour assurer une exploitation durable et responsable des ressources pétrolières et gazières au Sénégal.

Conclusion :

L’essor de l’industrie pétrolière et gazière au Sénégal ouvre de nouvelles voies pour le développement économique, mais présente également des défis majeurs. La gestion efficace des risques opérationnels, environnementaux et sécuritaires, ainsi que l’implication des communautés locales, sont essentielles pour assurer une exploitation durable et responsable. En adoptant des pratiques innovantes et en favorisant la collaboration entre toutes les parties prenantes, le Sénégal peut transformer ces défis en opportunités pour un développement équilibré et inclusif, préservant ainsi ses ressources naturelles et le bien-être de sa population.

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